Les mythes de la physio équine: l’hypertonus musculaire « utile »

L’hypertonus musculaire empêche le bon fonctionnement locomoteur et empêche la bonne transmission de la force – mais ce n’est pas tout. Image: Unsplash

On entend très régulièrement des professionnels du monde équin affirmer qu’il ne faut surtout pas retirer tel ou tel hypertonus musculaire chez tel ou tel cheval dans tel ou tel situation, ça lui enlèverait « stabilité » ou « sécurité » etc.

Sur quelles données se basent-ils?

 Je pense que c’est une idée beaucoup reprise, mais à ma connaissance, nous avons peu de données issues de la recherche qui confirment ces propos en réalité. 

Qu’en est-il vraiment? D’abord: mes sources

J’ai posé la question à quatre vétérinaires qui exercent aussi comme ostéopathe et ou physiothérapeute équin, dont Dr. vet. Ann Marie Hancock, et une vétérinaire enseignante au DIPO (Deutsches Institut für Pferdeosteopathie) ainsi que ma superviseuse, bien sur.

Dans ce domaine où on manque de données solides (recherche), je suis plutôt contente d’avoir pu obtenir leurs retours.

Alors, qu’en pensent-t-il?

Tous les quatre étaient opposés à l’idée d’un « hypertonus » nécessaire ou utile dans la plupart des cas. Contrairement à ce qu’on peut lire régulièrement, ils ne considèrent pas qu’il existe (à quelques rares exceptions près, cf. ci dessous) un hypertonus musculaire qui devrait être maintenu, ne serait ce que temporairement (faute de quoi des choses sérieuses pourraient arriver au cheval).


D’abord: les cas où préserver un hypertonus musculaire peut se justifier:

Image: Unsplash
  • Phase directement précédant une compétition: si le cheval qui est dans une phase (quelques jours) avant une compétition. Cela modifie son schéma corporel. Dans mon expérience personnelle: oui ca modifie le schéma corporel, c’est d’ailleurs ce qu’on veut (dans mon cas), et dans mon expérience personnelle jusqu’à présent toujours vers l’amélioration précisément ! Mais admettons: le cheval met un certain temps à s’habituer aux changements – même positives – et à retrouver un nouvel équilibre, ce point se justifie donc.
  • Certains cas de chevaux avec arthrose: Sachant que si le fait de retirer un hypertonus est négatif pour le cheval, il va retrouver très rapidement (dans les 15 jours) ce tonus (source: Dr Rikke Schultz, lors de la formation sur les lignes myofasciales à laquelle j’ai assisté). N’oublions pas que pour de nombreux chevaux, l’hyperontonus est justement quelque chose dont il faut se méfier en cas d’arthrose, par rapport à la santé des articulations, de la locomotion physiologiques, ce que j’ai essayé d’expliquer dans mon article sur l’arthrose.

Et les arguments en défaveur du maintien d’un hypertonus musculaire?

  • Toute compensation finit par mener à une « décompensation », autrement dit, des symptômes visibles, des boiterie, des lésion etc. Cela signifie que les tensions non physiologiques, les contractures et les points trigger doivent être relâchés, faut de quoi on risque le développement de lésions plus sérieuses. N’oublions pas que le cheval cache ses problèmes, asymétries, boiteries etc qu’on observe sont souvent déjà les lésions secondaires ou tertiaires, justement (source: Dr. vet. Hancock).
  • D’autre part il est impossible de retirer un par massage et autres techniques, un excès de tension musculaire au point où on empêcherait le muscle d’assurer sa fonction de maintien, un métabolisme non-physiologique en lien avec des dysfonctionnements myo-fasciales (fascias collés et muscles durcis) ne permet pas au muscle de remplir sa fonction dans la durée (source: DIPO).
  • Au contraire: un muscle avec un « normotonus » est un muscle qui assure mieux sa fonction, c’est un muscle plus fort (source: Dr. vet Steve Adair, Dr. vet Tana Ursini, CERP / University of Tennessee). Un des objectifs du massage, de la physiothérapie est de lui permettre au contraire de fonctionner à nouveau de manière physiologique, afin qu’un métabolisme sain se rétablisse.

Et voici le retour de ma superviseuse (Dr. vet., ostéopathe et physiothérapeute équin), lorsque j’ai posé la question sur un groupe de physiothérapeutes équins en ligne: « Je souhaite revenir sur le point Définition de la tension musculaire compensatoire (Fehlspannung en allemand). Celle-ci n’est, à mon avis, pas définie de manière précise par des études ou assimilé. L’un y voit une contracture musculaire accompagnée d’une restriction de mouvement. Pour l’autre, il s’agit déjà d’une tension de protection qui se développe dans le cadre, par exemple, d’une blessure ou d’un équipement inadapté.

Ce qui est prouvé par les études, c’est qu’un muscle tendu :

  • n’est plus capable de se contracter (car déjà en contraction permanente)
  • est moins bien irrigué, ce qui est négatif en général, et particulièrement dans le cas de la guérison d’une blessure
  • oblige l’antagoniste à fournir un travail accru, ce qui le rend lui aussi tendu, entraînant une réduction supplémentaire de la mobilité avec toutes les conséquences négatives pour l’organisme, les articulations, etc.

C’est pourquoi je relâche les tensions. Dans les conditions suivantes :

  • « Trouve l’erreur » (Andrew Taylor Still) : j’ai une idée de la raison pour laquelle cette tension de protection / fehlspannung / surtension s’est installée
  • « Corrige-la » (Andrew Taylor Still) : c’est-à-dire que la blessure est correctement soignée / l’équipement ou la manière de monter/entraîner a été modifié
  • « Et laisse la nature guérir » : c’est-à-dire que le propriétaire du cheval accorde à l’animal le temps de rétablir ses schémas de mouvement physiologiques et l’accompagne de manière compétente.

Si ces conditions ne sont pas remplies, cela n’a pas de sens à long terme. Cependant, chaque massage soulage la douleur et est agréable, donc à offrir au cheval ! »


Par ailleurs, n’oublions pas qu’un muscle en contracture permanente est douloureux.

La douleur crée du stress chez le cheval qui est donc en activation sympathique beaucoup trop souvent.

Est-ce que vous avez déjà marché avec une chaussure qui fait mal et quelqu’un vous a bousculé? Quelle était votre réaction?


D’autres arguments: perturbation de la transmission des forces myofasciales,

La douleur chronique dans le dos peut perturber la transmission des forces myofasciales, et voici comment:

Le système myofascial et la transmission des forces

Le système myofascial est un réseau continu et interconnecté de fascia et de muscle qui transmet les forces mécaniques dans tout le corps. Lorsqu’il fonctionne correctement, il permet de transmettre efficacement la force générée dans une zone (comme les hanches) vers une autre (comme les épaules ou la colonne vertébrale). Cela est essentiel pour la coordination du mouvement et la stabilité posturale.

Comment la douleur chronique du dos perturbe ce système

  1. Protection musculaire
    La douleur chronique entraîne souvent une tension musculaire involontaire ou une posture de défense. Cela crée une répartition inégale des charges et une rigidité localisée, bloque le glissement fascial et limite la transmission des forces à travers la chaîne cinétique.
  2. Densification fasciale ou adhérences
    L’inflammation prolongée et l’immobilité peuvent entraîner un épaississement ou un collage des fascias. Ces zones résistent à la tension et perturbent la transmission normale des forces mécaniques le long des lignes fasciales.
  3. Inhibition neuromusculaire
    La douleur modifie le contrôle moteur, en particulier dans les muscles stabilisateurs comme le multifide ou le transverse de l’abdomen. Des muscles faibles ou inhibés ne peuvent pas contribuer efficacement à la chaîne de force, ce qui entraîne des compensations.
  4. Perte du transfert d’énergie élastique
    Un fascia sain stocke et transfère l’énergie élastique pendant le mouvement, comme un ressort. La tension chronique et les restrictions réduisent cette capacité de rebond, rendant le mouvement moins efficace et plus fatigant.
  5. Asymétrie dans la répartition des charges
    La douleur entraîne des schémas de mouvement altérés et des charges compensatoires, ce qui déforme davantage les lignes fasciales et les vecteurs de force dans le corps.

Implications cliniques

  • Diminution des performances et de la coordination.
  • Augmentation du risque de blessure ailleurs dans le corps, en raison des compensations.
  • Récupération plus lente à cause d’une moindre adaptabilité des tissus.

Pistes thérapeutiques

  • Travail myofascial pour restaurer le glissement et l’élasticité.
  • Rééducation du mouvement pour corriger les schémas de compensation.
  • Entraînement progressif à la charge pour rétablir une transmission équilibrée des forces.
  • Exercices respiratoires et stimulation du nerf vague pour diminuer la tension chronique.

Ce concept s’applique à toute zone de douleur chronique, pas seulement au dos. La douleur chronique perturbe la capacité du système myofascial à transmettre et répartir efficacement les forces, quel que soit l’endroit où elle se situe dans le corps. La douleur chronique n’est pas isolée. Elle crée un effet en cascade à travers le réseau myofascial, en modifiant la manière dont la tension, la charge et le mouvement se distribuent dans l’ensemble du corps. (source: Koper Equine)

Ressources

Drs vet. Schultz, Due, Elbrond: Equine Myofasial Kinetic Lines – for professional treatment. Anatomy, function, test and treatment

Des ouvrages du domaine humain allant dans le même sens:

John Sharkey Understanding Fascia, Tensegrity, and Myofascial Trigger Points: A Roadmap for Fascia-Focused Therapists

Tom Myers Structural Integration

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