Améliorer la vie – et le comportement – des chevaux vivant en box

(Version anglaise ici)

J’ai demandé à Felicity George, fondatrice d’un de mes instituts de formation, la Equine Behaviour Affiliation, si elle pouvait parler un peu de son travail dans un environnement de chevaux qui vivent en box plus ou moins à temps plein, comme c’est le cas dans de nombreuses centre équestres, où les chevaux ne bénéficient pas de nombreuses aspects de ce qu’on appelle les « 5 Libertés » (ou 5 domains en anglais) sont décrites sur cette page: Santé mentale équine. Felicity est auteur du livre « Applied Equine Psychology: The Art and Science of Helping Horses » (2024), voici sa réponse.

Felicity insiste d’abord sur le fait qu’aucun « pansement » ne peut rendre une situation de vie en box à plein temps acceptable. Ses réponses visent donc à améliorer la vie des équidés dans des contextes où il serait pire de ne rien faire.

« On risque d’avoir l’air de cautionner ces pratiques, en donnant ce type de conseil visant à améliorer la vie des équidés en box, mais la vie en box ±h23h 7j/7 n’est pas acceptable pour un cheval.

Cela dit, que pouvons-nous faire, qu’est-ce que je peux changer pour aider ces chevaux dans ce contexte? C’est malgré tout un objectif raisonnable, si on n’a pas de baguette magique pour leur donner une bonne vie à court terme.

Le « allogrooming » (« soins mutuels ») est le comportement social le plus fréquent du cheval vivant en groupe

Dans mes cas, la plupart des interventions réussies ont consisté à donner aux chevaux plus de temps au pré et plus de temps en contact social (contact tactile, pas juste visuel) avec d’autres chevaux. 

Lorsque de telles choses fondamentales manquent, de petits changements peuvent ou non aider et cela dépendra beaucoup de chaque cheval individuellement. 

Je n’ai pas suffisamment de données pour donner des règles générales de ce qui « marche » dans ces situations. »

Voici les choses qui ont aidé des chevaux qui vivent en box

  1. Déplacer les chevaux dans un autre box mieux adapté à leur tempérament – par exemple, un endroit plus calme ou plus stimulant selon les besoins du cheval, à côté d’amis, protégé des gens qui n’ont accès qu’à une partie de l’écurie.
  2. Modifier les boxes pour protéger les chevaux de leurs voisins ou afin de permettre le contact physique, si nécessaire / possible.
  3. Enrichissement de l’environnement dans les boxes, selon les besoins et possibilités.
  4. Améliorer le confort physique – alimentation, body work / massages, foin à volonté, vérification / remplacement du matériel (selle, filet etc.), modifications du travail monté (par exemple plus dans le sens de l’ouvrage de Sally Swift « L’Equitation centrée », et de la biomécanique etc.), veiller à ce qu’ils aient des endroits sûrs pour se rouler, dormir, etc.
  5. Organiser des journées de formation du personnel pour les centres équestres (j’ai fait cela dans 3 endroits). Dans tous les cas, cela a été motivé par un cheval du centre qui est devenu plus facile à monter et à manipuler (nb. après l’intervention de Felicity), ce qui a motivé l’équipe à essayer de généraliser ces pratiques à d’autres chevaux. Des informations sur le stress chez l’équidé, le « compte de la confiance » (trust account en anglais), etc. ont été fournies, puis nous avons examiné ce qui fonctionnait pour le cheval en question et comment le généraliser. Nous avons demandé au personnel de générer des idées en groupe. Voici quelques-unes de ces idées:
  • Règles de base – pas de coups, de cris ou de pression sur les chevaux. 
  • « Safe Space » (« Espaces sécurisés ») pour le personnel et personnes à disposition du personnel pour discuter de leurs préoccupations. 
  • Des personnes désignées responsables pour chaque cheval: il devait y avoir une correspondance au niveau du tempéraments / de la personnalité (entre le cheval et l’humain en question), l’expériences, etc. – et d’autres personnes peuvent apprendre à manipuler chaque cheval et être ajoutés à la liste des personnes qui s’en occupent. 
  • Changer l’ordre des cavaliers pendant les reprises pour rapprocher / regrouper les chevaux qui s’entendent bien et renforcer les sentiments de sécurité 
  • Changer le contenu / le travail en cours – expérimenter progressivement avec de nouvelles façons de travailler – par exemple, obtenir l’accord des cavaliers sur le fait que la relaxation du cheval est fondamentale pour la qualité du travail du cheval, enseigner aux cavaliers comment reconnaître / ressentir les tensions et les aider à décontracter le cheval et eux-mêmes. 
  • Répondre mieux aux besoins de contact social du cheval (y compris tactile) – par exemple, sorties groupées (chevaux qui s’entendent évidemment) dans le manège lorsqu’il n’est pas utilisé, promenades à pied avec d’autres chevaux . Par exemple dans un centre, les cavaliers ont été amenés à finir la séance de travail monté avec les chevaux en faisant une promenade à pied avec d’autres chevaux. Cela doit évidemment être mis en œuvre avec précaution (selon les possibilités du lieu). On peut aussi « vendre » cela comme une compétence de travail avec le cheval utile à développer pour les cavaliers qui veulent être propriétaire de cheval dans le futur. 
  • Faire en sorte que les humains répondent mieux aux besoins relationnels du cheval. Il y a beaucoup d’options ici. 
  • Hébérger les équidés en groupe – dans un centre équestre, un hangar inutilisé a été converti en box pour les poneys. Dans un autre, 2 boxes ont été reliés et un Shetland partageait un espace avec un mix-Clydesdale ! Ils étaient tous les deux beaucoup plus heureux. 
  • Etre vigilent par rapport au fait que les chevaux ne se sentent pas en sécurité dans leurs boxes et faire des changements pour y remédier. Dans un cas, il suffisait de déplacer le filet à foin pour que le cheval ne soit pas menacé par son voisin lorsqu’il mangeait. Une fois que la peur est reconnue, les gens font souvent preuve de créativité et sont motivés à apporter des changements faciles.

D’autres idées de changements plus générales

Comment utiliser la social licence (SLO) comme élément motivant ? Autrement dit, il peut être commercialement intéressant de travailler à l’amélioration du bien-être des équidés.

Expérimentez pour attirer différents types de clients qui sont à la recherche d’une expérience différente avec les chevaux – par exemple, le développement d’une relation de qualité avec les chevaux.

Dans un centre équestre, j’ai fait une « clinic » (formation pratique en groupe / « stage »). Une demi-heure avec les cavaliers au sol en écoutant / en observant les chevaux, puis en les montant, et cela a été un changement radical pour eux. Les cavaliers ont ensuite demandé de refaire cela, et c’est devenu un évènement réitéré régulièrement.

Pensez aux différents facteurs de bien-être mental (décrites ici: « Santé mentale équine ») et, pour chaque cheval individuel, ce qui pourrait aider selon les différents facteurs.

Cas problématiques spécifiques de centres équestres et solutions apportés pour y remédier

Il était agressif avec l’humain quand on le préparait avant le travail.

Solution : le cavalier / humain arrête son geste au moindre signe d’inconfort (il attend le retour au calme du cheval avant de reprendre son geste), il n’entre pas dans son box avant que le cheval n’entre en interaction / contact positif avec l’humain, etc. – ces modifications ont résolu le problème d’agressivité.

Elle ruait et galopait vers les autres chevaux pendant les cours.

On lui a fourni davantage d’accès aux autres chevaux (contact social tactile), ce qui a résolu le problème.

Question : « Quelle forme d’accès supplémentaire ? Y-a-t ‘il une prairie où elle pouvait passer plus de temps avec les autres ? Ou dans un manège vide la nuit, partagée par plusieurs chevaux ? Je me demande comment résoudre les problèmes de contact social dans les centres équestres sans accès à une prairie. »

Felicity : « Dans ce cas, il s’agissait de transformer un espace en box plus grand pour plusieurs poneys au lieu d’avoir plusieurs boxes séparés. Le centre équestre était preneur de l’idée car elle disposait d’une zone qu’elle pouvait facilement utiliser et cela lui permettait de réduire ses coûts de personnel : il est plus facile de nettoyer le box de 4 poneys regroupés dans un seul box. Dans d’autres cas, nous avons mis les chevaux dans un manège la nuit ou pendant les périodes calmes, autant que possible. Dans quelques cas, même la mise en place d’une séparation plus basse entre les boxes (nb. permettant le contact social tactile) de chevaux ‘amis’ (en faisant attention aux « jalousies » ou « compétition pour les ressources ») a aidé.

Il ne pouvait être monté que par certains cavaliers, et dès que le cavalier exerçait une pression sur lui avec les jambes ou les rênes, il « chauffait » et n’arrêtait plus de courir.

Il était en stress chronique – ils surveillaient donc sa réactivité déjà dans l’interaction non-monté. Il a été mis au repos et ses besoins de base (nb. foin à volonté, contact social tactile etc.) ont été satisfaits jusqu’à ce que sa réactivité se normalise. Puis, il a été réintroduit progressivement au travail monté. Les moniteurs ont adapté les instructions données aux cavaliers si le cheval commençait à montrer des signes d’excitation – pour l’aider à se calmer. Des règles strictes interdisaient toute pression avec les mains et encourageaient des aides plus légères, douces, plus de tact etc.

Il était lent / « froid » lorsqu’il était monté et très agressif dans son box.

Il a été transféré dans une écurie plus grande et plus calme avec des enrichissements de l’environnement de base : l’agressivité a diminué considérablement et le travail monté s’est amélioré.

Question : « Qu’est-ce que ça veut dire « plus grand » ? Est-ce que cela signifie-t-il plus spacieux car son box était trop petit pour un cheval très grand ? Quels étaient les enrichissements de base, des jouets ? »

Felicity : « Oui, son box était trop petit pour lui (mais il pouvait se coucher). Le box était aussi étrange – au milieu d’une écurie, sans murs solides, juste des barres en métal du sol au plafond. Des chevaux et des gens passaient en permanence. Il a été transféré dans un grand box situé dans un coin et à l’arrière de l’écurie, plus tranquille. En ce qui concerne l’enrichissement de l’environnement, il était très basique: plusieurs filet à foin au lieu d’un et un jouet à friandises.

Quand les cavaliers l’amenaient au manège il essayait de se libérer et donnait des coups de sabot s’ils essayaient de le rattraper.

Solution : ici l’humain apprenait à s’ajuster au cheval à partir du moment où il entre dans son box (« attunement » en anglais, relatif aux réactions du cheval, etc.:  on fait en sorte que le cheval se sente davantage vu, entendu et compris dans ses besoins, ce qui suppose la compréhension de sa communication non-verbale). Le cheval était également amené au manège avec un autre cheval à proximité et on lui mettait globalement moins de pression. Par ailleurs, les cavaliers donnent de l’herbe à manger en chemin pour réduire la motivation du cheval à aller brouter à proximité.

Elle était explosive lorsqu’elle était montée pour la première fois et était décrite comme  « cold-back » (« dos froid » = dos sensible au début du travail)

Elle a changé de box et le contexte de la préparation également. Auparavant, elle a été préparée avant le travail près de la sellerie où il y a beaucoup d’activité, elle y était attachée. Maintenant, elle est préparée dans son box avec un cheval avec lequel elle s’entend à proximité, ainsi qu’une prise en compte de sa communication non-verbale par l’humain (« attunement » – cf. ci-dessus) et le problème a complètement disparu. Il y avait du « trigger stacking » (« accumulation de stimuli déclencheurs. »).

Question : « Que signifie: a) « cold-back » (dos froid) et b) « attaché », était-elle attachée au mur ? »

Felicity : « cold-back » (« dos froid ») est un terme désuet qui signifie essentiellement que le cheval semble avoir un dos « sensible » au début du travail, cela disparait une fois qu’il est échauffé. Quant à « attaché«  – oui, elle était attachée au mur. »

Elle refusait les sauts. Cela se produisait toujours vers la fin du cours. 

La solution dans son cas était de reconnaitre qu’elle était épuisée, dépassée par la demande. Le cavalier lui met moins de pression et laisse le cheval faire de courtes pauses rênes longues pendant tout le cours. Auparavant, lorsqu’elle avait demandé de faire des pauses rênes longues en essayant de baisser la tête, le cavalier avait réagi par un contact plus fort avec les rênes pour l’en empêcher. Aujourd’hui c’est beaucoup mieux dans l’ensemble, elle ne fait plus de refus. Felicity précise néanmoins que les possibles problèmes physiques sous-jacents n’ont pas été traités…

Articles à venir sur le trigger stacking et l’enrichissement de l’environnement, ce dernier peut être une piste intéressante, si c’est bien fait.

Les troubles du comportement équin et la relation avec l’humain

A propos de l’auteur Services

Ressources

Beyond Behaviourism Webinar Series (Equine Behavior Affiliation)

Livre Equine Behaviour in Mind: Applying Behavioural Science to the Way We Keep, Work and Care for Horses (Suzanne Rogers, 2019)

The 2020 Five Domains Model: Including Human–Animal Interactions in Assessments of Animal Welfare

Keeping in Touch: Why Horses Nibble Each Other

Environmental Enrichment: The Need for Companionship

Les brosses rotatives automatiques sont-elles source d’émotions positives et d’interactions sociales positives?

Comment organiser et gérer les groupes de chevaux? par l’IFCE – Ch. Briant

The hard life of lesson pony | The equine ethologist – beaucoup de bonnes idées

Partager :